Atelier d’écriture

Les ateliers d’écriture seront animés par Jean-Pierre Cannet.

Questions à Jean-Pierre Cannet

Quel est le statut de l’écrivain dans l’atelier ?

J.-P. C. : Dans les différents ateliers que j’ai animés, je n’ai jamais d’autre justification à ma présence que celle d’être écrivain. Je ne suis pas plus formateur patenté qu’animateur d’atelier d’écriture. Je crois que quiconque prétendrait être l’un ou l’autre ne pourrait le faire qu’au détriment de ce qui reste, à mes yeux, l’essentiel de notre activité : écrire. Bien sûr, le rôle social que nous pouvons y jouer n’est ni méprisable ni négligeable : il nous reconnaît une certaine utilité, une certaine efficacité et permet de donner corps, dans l’image collective, au statut d’écrivain. Néanmoins notre vraie tâche est ailleurs, dans le travail nécessairement solitaire avec la langue. C’est pourquoi régulièrement je souhaite marquer une distance avec ces activités pour me consacrer exclusivement à mon écriture.

En quoi le rôle de l’écrivain est-il différent de celui de l’animateur ou du formateur ?

J.-P. C. : La maîtrise de la langue est la grande affaire du système éducatif. Apprendre à lire et à écrire, l’école sait le faire, quoi qu’en disent certaines campagnes médiatiques. Et les pédagogues sauraient bien mieux que moi expliquer les règles de grammaire et la syntaxe. Mais ce qui est ici en question, c’est moins la langue véhiculaire, utilitaire, en un mot fonctionnelle, que celle, personnelle et profonde, qui fait qu’entendant « Je n’avais amour ni demeure Nulle part où je vive ou meure Je passais comme la rumeur Et m’endormais comme le bruit »,on reconnaisse la voix d’un homme (1) et que cela nous touche.

Comment avez-vous l’habitude de travailler ?Quelle méthode utilisez-vous ? Quel type de consignes donnez-vous ?

J.-P. C. : Ce que j’appelle une consigne n’a rien à voir avec l’énoncé d’un jeu littéraire. Il ne s’agit pas ici de lipogramme ni de S + 7, ni de pseudo-Oulipo (2). Une consigne est un déclencheur d’écriture, elle ne fixe pas un cadre mais donne une impulsion. Quelques exemples. Voyez cet objet (anonyme); dressez le portrait de son propriétaire. Ou « Il y a le vent dans la chemise »; utilisez dans votre texte cette image de Giono. Ou encore La photo vous ressemble, vous prenez peur…
Temps d’écriture brefs, quinze à vingt minutes, suivis de la lecture des textes produits et d’un temps très précis, souvent chronométré, de critique.
La consigne doit être ferme mais incitatrice, elle doit orienter (au moins au départ) le travail sans le fermer sur une situation trop contraignante. Elle pose le problème du statut de l’animateur, dont l’autorité doit être incontestée pour que la consigne s’impose.
Cette première phase est essentielle pour poser la méthode de travail qui est très précisément celle que Claire Boniface (3) décrit comme «les  invariants de l’atelier d’écriture» Une méthode en quatre temps : consigne donnée par l’animateur, écriture, lecture et critique, réécriture. Aucune de ces étapes n’est évidente et chacune pose des problèmes.

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Quels problèmes avez-vous justement rencontrés ?

J.-P. C. : Par exemple, dans un atelier d’écriture avec des enseignants en formation, c’est le quatrième temps, celui de la réécriture, qui  est le plus difficile. Il met en évidence deux points essentiels qui expliquent largement les freins que ressentent les enseignants à une approche littéraire du texte. Tout d’abord ils semblent dénier à leurs écrits de circonstance un véritable statut littéraire qui justifierait de s’y employer avec persévérance. Ce faisant ils doutent de la capacité d’un travail sur la langue en s’en remettant inconsciemment au seul « talent ». L’un des grands apports de ce stage est, me semble-t-il, de leur permettre de mieux cerner ce qui, dans la langue littéraire, peut s’apprendre. Il n’est certes pas question de nier la qualité d’écriture de tel ou tel écrivain mais son« talent » s’appuie sur un savoir patiemment acquis.
Ensuite ces textes obéissent souvent à un souci d’expression et l’on a alors le sentiment que les retravailler, les modifier, finalement les dénature et leur ôte toute légitimité. On retrouve là l’attitude trop répandue d’une parole intangible, presque mythique de l’enfant, contre laquelle je m’insurge absolument. La langue à l’école est un matériau de travail et les enfants poètes n’existent pas.

Dans ce genre d’atelier, quel lien faites-vous entre la lecture et l’écriture ?

J.-P. C. : Il faut insister sur cette interaction écriture lecture. Les performances du stagiaire sont liées à sa capacité à être le lecteur de lui-même, à mesurer les effets de son écriture sur ses lecteurs et à devenir lecteur des autres. L’atelier contribue à la maîtrise de cette dialectique entre centration et décentration. Il favorise l’acculturation du littéraire. L’objectif qu’un atelier d’écriture remplit avec le plus d’efficacité est de donner un appétit de lecture. Il ne forme pas des écrivains, mais des lecteurs.

Vous avez parfois travaillé avec des photographes ou des plasticiens : quel rôle l’image peut-elle avoir dans un atelier d’écriture ?

J.-P. C. : D’immersion dans la subjectivité de chacun.

Votre travail en ateliers a-t-il été bénéfique ? Ou a-t-il été dangereux pour votre travail d’écriture ?

 

J.-P. C. : Bénéfique socialement, un écrivain reste un marginal et c’est une chance de pouvoir travailler avec les autres. L’atelier d’écriture est avant tout une aventure humaine, on fait un bout de chemin ensemble. Le danger, évidemment, serait de laisser s’installer cette activité qui ne peut être que provisoire.  Il faut savoir se dire adieu.

Avez-vous déjà refusé de prendre en charge des stages ou des ateliers d’écriture ? Pourquoi ?

J.-P. C. : Oui, notamment en milieu carcéral. Mon expérience était si pleine. Au fond, ça c’était si bien passé que je ne pouvais plus travailler avec des détenus.

 

(1) Louis Aragon,Est-ce ainsi que les hommes vivent ? 
(2) Ouvroir de littérature potentielle, voir Labibliothèque oulipienne (Ramsay, 3 vol.) 
(3) Claire Boniface,Les ateliers d’écriture, Retz

 

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